Frank Sinatra en compagnie de l'acteur Jackie Gleason.

Fly Me to the Moon... after my Jack ! Dans l’Amérique des années 50, entre glamour hollywoodien et nuits new-yorkaises, Frank Sinatra impose une silhouette de gentleman moderne, où tout est affaire de style.

Né d'un heureux hasard, l'histoire d'amour entre Sinatra et Jack Daniel's est bien réelle, et la plus grande distillerie du Tennesse saura comment l'exploiter pour devenir aussi une histoire de marketing. Bien sûr.

Jack Daniel's Sinatra Select n’a ni été conçue pour Sinatra (décédé en 1998), ni pour séduire les collectionneurs. Elle raconte en premier lieu une histoire très américaine, celle d’un artiste devenu symbole d’élégance et d’une marque de whiskey qui a construit son identité autour d’un imaginaire fortement associé à la culture populaire du XXe siècle.

L’origine du lien entre Sinatra et Jack Daniel’s

La relation entre Frank Sinatra et Jack Daniel’s remonte à 1947. Selon la version officielle de la marque, Sinatra se trouvait dans un bar de New York lorsque le comédien Jackie Gleason lui recommanda d'essayer ce whiskey.

Dès lors, Sinatra se met à boire le Old No.7 à chaque concert, en le citant explicitement, le présentant comme the nectar of the gods face à son public. La bouteille devient un véritable accessoire de scène : posée près du micro, verre à la main, elle crée une association visuelle entre l’artiste et la marque.

Sans contrat publicitaire, Sinatra nomme la marque, la met en scène et la ritualise. Il agit comme un ambassadeur de marque : son influence, associée au rachat par Brown-Forman en 1956, transforme Jack Daniel's en icône culturelle américaine grâce à une promotion totalement gratuite.

À cette période, Sinatra n’est pas encore l’icône absolue que l’on retiendra plus tard, mais il est déjà une figure centrale du divertissement américain. Il incarne une forme de raffinement populaire : costume impeccable, présence scénique, assurance, et un rapport très codifié au style.

Jack Daniel’s, de son côté, possède déjà une histoire longue et une identité marquée, mais était très loin de son statut de mastodonte qu'on lui connait aujourd'hui..

Le Jack Daniel’s Sinatra Select en détail

Sinatra Select n’est pas un whiskey “de Sinatra” au sens strict, mais une cuvée hommage construite a posteriori à partir de cette relation historique. Jack Daniel’s et Frank Sinatra Enterprises (la société qui gère l'image de Sinatra) ont officialisé cette idée avec un lancement en 2013, en mettant l’accent sur l’amitié entre les deux noms et sur une lecture plus luxueuse du style Jack Daniel’s.

Le Old "old" No.7

Elaboré à partir du même mash bill que le Jack Daniel's Old No.7 (80% maïs, 8% seigle et 12% orge), Sinatra Select est vieilli durant une période de temps similaire à l'authentique Jack (entre 4 et 6 ans selon les sources). Alors quelle différence avec la boisson préférée de Frank ?

Outre le format d'un litre, on peut noter que cette édition produite en petite quantité est embouteillée à 45%, au lieu de 40% pour le Old No.7, qui a vu son taux d'alcool s'abaisser en 1987. Mais ce n'est pas tout...

Le rôle des “Sinatra barrels”

L’élément technique le plus important est le fût. Sinatra Select est élaboré à partir de Sinatra barrels, un procédé breveté qui va creuser des rainures profondes à l'intérieur du fût pour intensifier l’extraction des composés du chêne. Ce procédé est opéré après le bousinage, à l’aide d’un outil rotatif, et augmente fortement la surface de contact entre le whisky et le bois.

Résultat : un vieillissement plus actif, donnant un profil plus riche, plus épicé et plus marqué par le fût.

Sur le plan gustatif, le Sinatra Select se veut donc plus intense, plus structurée, avec davantage de relief en bouche et une expression plus appuyée du bois.

Sinatra Select est-il une édition collector ?

Sur le marché retail, pas vraiment. Comptez entre 130 et 200€ pour une bouteille, mais peu de revendeurs la proposent. Aux Etats-Unis, où cette bouteille est assez difficile à se procurer, le prix peut varier sur le marché secondaire et atteindre plusieurs centaines de dollars.

Mais sa production, bien que limitée, reste régulière. Il est donc peu probable que le Jack Daniel's Sinatra Select devienne une édition collector, mais reste un essentiel à posséder si vous êtes un amateur de la marque.

Pour les connaisseurs, elle appartient à cette catégorie de whiskies qui restent le marqueur d'une époque, de leur marque et du public auquel ils s’adressent.

L'héritage culturel : de Sinatra au Heavy Metal

Si Frank Sinatra a transformé Jack Daniel's en symbole de raffinement populaire dans les années 50, la marque a su traverser les décennies en s'adaptant aux nouvelles icônes de la culture américaine, sans jamais renier cet ADN initial.

De la scène jazz au Hard Rock Cafe

L'histoire aurait pu s'arrêter à Sinatra. Mais Jack Daniel's possède cette capacité rare à incarner à la fois l'élégance du Rat Pack et la rébellion rock. Dès les années 70, la bouteille carrée devient un accessoire incontournable des tournées, photographiée aux côtés des Stones, de Janis Joplin ou de Jim Morrison.

Lemmy Kilmister, figure tutélaire de Motörhead, en fera même sa boisson exclusive pendant plus de quarante ans. Jusqu'à sa mort en 2015, il consommait quotidiennement son mélange signature : Jack Daniel's et Coca-Cola, rebaptisé "Lemmy" dans les bars du monde entier. La marque lui rendra hommage avec une édition limitée en 2020, reconnue comme l'un des whiskies les plus recherchés par les collectionneurs rock.

Mötley Crüe, Slash, Ozzy Osbourne... La liste des musiciens associés à Jack Daniel's est longue. Mais contrairement à Sinatra, ces artistes n'ont pas construit cette relation sur l'élégance : ils l'ont ancrée dans l'excès, la transgression et la contre-culture.